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TIGRE DE PAPIER

J’ai mordu j'ai griffé
Craché des étincelles
Tenté d'intimider
J'ai rugi j'ai feulé
Pas fait dans la dentelle
Prêt à tout affoler

En guise d'erratum
Ce costume élimé
Car je ne suis en somme
Qu'un tigre de papier

J'ai rendu j'ai porté
Tous les coups un par un
Mais jamais n'ai donné
En fictif assassin
Éventreur de coussins
L'estocade en entier

En pâle décorum
Ma robe immaculée
Car je ne suis en somme
Qu'un tigre de papier

J'ai couru j'ai foulé
Remonté des rivières
Des chemins solitaires
Dévoré des gazelles
Querelles abrégées
Pour mieux se faire la belle

En mon vade-mecum
Des lubies égarées
Car je ne suis en somme
Qu'un tigre de papier

Et pour ad libitum
Mon vernis écaillé
Car je ne suis qu'un homme
Qu'un tigre de papier

À LA BOUCHE

À la bouche
Des paquets de mots
Aux aguets
Planqués entre deux os
À la louche
S’emmêlent pinceaux
Cloche-pied
Anicroches au kilo

Semblant je sais taire
Faussaire
Faux départs faut s’y faire
Et finir par croire qu’on pourrait s’y plaire

On file on se défile
À l’envers et contre tout
On laisse on se délaisse
À l’envers et contre tout
À l’envers et contre nous
 

À la bouche
Désordre d’émaux
Affleurés
Plantés entre deux crocs
À la touche
S’étalent zéros
Au fleuret
Feu coups d’épées dans l’eau

JE VAIS BIEN NE T'EN FAIS PAS

Même si mes mains tremblent encore un peu
En se glissant dans mes cheveux
Que certains racontars suivent mes pas
Oh je vais bien ne t'en fais pas

Même si tu m'as cloué le cœur en croix
Qu'il bat comme un vieux souvenir
Qu'on se demande quand il va repartir
Oh je vais bien ne t'en fais pas

Et même si j'ai pas l'air et pas la foi
Que je doute encore de la route
Les yeux rougis par bien des nuits trop courtes
Oui je vais bien ne t'en fais pas

Si mes mains savent encore parfois
Ce que j'apprends à oublier
Au pied du vaste sablier
Que je fais des détours en proie
À des parfums de déjà-vu
Que j’évite certaines avenues
Ou bien que j’y fais les cents pas
Oh je vais bien ne t'en fais pas

LE RETOUR

Je reviens au pays ma mère
Feux éteints et cheveux blanchis
Les abattis en bandoulière
Les tissus décatis
Je reviens au pays ma mère
Je reviens au pays

Je reviens au pays ma mère
Les épaules un peu avachies
Sur le dos une sale affaire
Une de plus à mon crédit
Je reviens au pays ma mère
Je reviens au pays

Oui je reviens
Quel jour est-on ?
Seras-tu là ?
Sur le perron
Oui je reviens
Pour me blottir
Dans tes jupons

Je reviens au pays ma mère
Les yeux lourds de ce que j'ai vu
Sourd de ce que j'ai entendu
De ma tranchée de mon ornière
Je reviens au pays
Je reviens au pays ma mère

 

Oui je reviens
Quel jour est-on ?
En quelle année
Quelle saison ?
Oui je reviens
Pour me blottir
Dans tes poumons

Ma mère je reviens au pays
Tu peux enfin dormir tranquille
Disons au moins pour cette nuit
Demain je repars à la ville

LA RÉSILIENCE

On eut beau me jeter aux chiens
En moins que rien
Même en se traînant l'on avance
Je ne crains les longues distances
Dans la chaleur d'un contrepoint
La résilience

Parfois campé tantôt bancal
À chaque escale
Tenter et retenter sa chance
Malgré les failles et turbulences
J'ai repris ma forme initiale
La résilience

Non rien n'est écrit dans vos astres
Aucun désastre
Aucune liesse par avance
Prenons notre mal en patience
Jouons quelquefois les pilastres
La résilience

Et si parfois débarque encore
Sombre et retors
Le fantôme de mes silences
Crois donc en cette force immense
Qui charrie ses flots dans mon corps
La résilience

Ce qui ne tue pas rend plus fort
Je fais le mort
Joue le banjo de Délivrance
En attendant la transhumance
Et je fais fi des coups du sort
La résilience

LOVE & SORRY

Comme un épisode en repeat
Une course en avant vers la fuite
Avoir entendu ça quelque part
On s'aime et pourtant on se quitte
L'heure n'est plus à la marguerite
C'est ça on en reparle plus tard

Love
Sorry
 

L'heure et la distance limite
Où même plus on ne cogite
Déserter le bout de ce trottoir
Eviter la moindre redite
Pas plus de début que de suite
Allons il est déjà moins le quart


Love
Sorry


Sur ce petit bout de papier
Ces quelques lettres griffonnées
Ces deux petits mots réunis
Love & sorry

 

Nager entre deux en eaux bénites
Voyage en éternel transit
S'abandonner au moindre hasard
Passer son tour à l'accessit
Sur la case simple visite
Allez va ce n'est qu'un au revoir

ANIMAL

Réveil en diagonale

Tu gis là sur le sol

Les glandes lacrymales

À la colle

Ta carcasse animale

Transpire le méthanol

Les volutes abyssales

Le pétrole

 

Tu vois bien que j’ai mal

Déserte ma piaule

Au diable tes morales

Le beau rôle

Aux fers à fond de cale

J'ai cru dompter les fioles

Arpenté les dédales

Sans bémol

 

Trace au plus radical

Et au clou les menthols

Suicide aux Caporal

À la gnôle

Fous-toi dans le canal

Ou dérape en bagnole

Les journaux à scandale

En raffolent

À moi l’erreur fatale

Exit self-control

J’ai perdu les pédales

La boussole

Furie des bacchanales

Touché en plein vol

Arrêt des jeux brutal

À la geôle

Animal
On nie mal
On est mal
Animal

 

En lettres capitales

Tes si belles paroles

Le côté littéral

Ras le bol

Trouve un peu plus génial

Relis donc tes idoles

Saturne et Fleurs du mal

Ça console

JUPITER

Dans l’antre des alcôves

Feulent nos gueules fauves
Filent nos prés carrés
Tapies dans la pénombre
Rouillent nos bouilles sombres

Et parlent au passé
Ruminent à loisir
Le brûlant souvenir
D’être passé si près

Évanouissent nos frondes
Polissent nos facondes
Nos griffes acérées

Dans l’ordre et le silence
Somment nos révérences
Pourtant il suffirait

D’une pauvre étincelle
Pour que sonne l’appel
Et prenne le brasier

Sur jupiter

Par toutatis
Que fusent les feux d’artifice
Roi ? fainéant ?

Qui donc vaut rien ?
Et que chantent les lendemains

 

 Hommes de rien au hasard

Traversent gares hagards
Limons aux yeux collés
Laisse au moins leur champ d’ail
Toi tes épouvantails
Filin d’acier doré


Je garderai ma voix

En supplice chinois

Même la gorge tranchée
Qu’une pauvre étincelle
À la rue sans appel
Enflamme le brasier

Sur jupiter

Par toutatis
Que fument les sourires complices
Cynique extrême
Ou bien blanc-seing
Et que chantent les lendemains
Même la gorge tranchée

TOUT ÇA POUR ÇA

À l'ombre des derricks des ombres faméliques
On entasse les liasses ou les corps c'est selon
De coups de Trafalgar en de vils coups de trique
Et sur ton de coups bas mille coups de bâtons

Quand les terres brûlées grouillent de peur panique
À chaque main coupée pour un pauvre quignon
Commissions cravatées de discours apathiques
G20 contre j'ai faim entament discussions

Une poignée du globe tient en laisse la fabrique
Qui avance courbée le râble à l'unisson
Il manque un peu de claques à toute cette clique
Canular impudique moteur ça tourne action

Le patron des patrons en climato-sceptique
Hâbleur philanthropique empilant les millions
Presse le champignon fonce supersonique
Là tout droit dans le mur et les lamentations

Là dans l'œil qui chenille un fond d'éclair magique
Semble surgir des limbes un certain tourbillon
Éclaire alors la rue d'un regard bucolique
Mais pense à la croissance mon petit papillon

Les apprentis sorciers s'adonnent au transgénique
Et jouent à pile ou face avec nos fondations
Les petits épiciers fuient dans l'arrière-boutique
Et pour les onze coups nous préparent le bouillon

En lambeaux de papiers nos oripeaux éthiques
Le tube cathodique surchauffe à plein poumon
Utopies passagères déclarées hérétiques
Pourriez-vous au moins vous frotter au paillasson ?

Repense à la croissance petit papillon
Croitre indéfiniment mais pour combien de temps ?

JE PENSE À AUTRE CHOSE

Le CAC se braque mais brasse du cash
Puis tire l'alarme à l'œil facile
Tire les ficelles et ça s'affole
Empêtré dans la course folle

Si j'ai l'air de prendre la pose
Pendant qu'ça braise à la croissance
Pendant qu'ça vous baise en silence
C'est juste que je pense

Je pense à autre chose


Les copines friment éliment leur jean
Retour d'exta à Ibiza
S'imaginent dans les magazines
Déciment les Aloe vera

Et pendant qu'ça bave et qu'ça glose
Un sourire au coin de la bouche
Avec l'air d'être sur la touche
Je pense juste


Je pense à autre chose


Pendant qu'j'taquine mon spleen au gin
Tonique aux attaques de panique
Je tiens la dragée virtuose
Aux coups de piques de mes névroses

Le jour où elles prendront revanche
Le jour venu des roses blanches
Où mes paupières resteront closes
Dis-toi juste que je pense


Je pense à autre chose

LE TROUBLE

Besoin de personne
Juste céder au trouble
Me sentir vivant
Circulation fluide

La main fidèle
Au bout du bras
L’enveloppe agréable
Irrigation paisible

Les envies résonnent
Ça tape dans l’bide
L’échine qui frissonne
Profite

Le téléphone sonne
Dans le vide
La communication
C’est pas pour le moment

Le concert des klaxons
S’active tranquille
La fièvre se détend
Flâne comme au premier jour

Les cloches carillonnent
Les imbéciles
Seront fidèles à la pelle
Futile

Profite encore un peu
Ça revient vite
Et ça trotte dans la tête
Cousine d’auparavant
Le frisson qui s’échine
Qui périclite
Et ça tombe sur le front
Et ça vous montre les dents

EMBRASSE-MOI

Tout s’étiole
S’évanouit dans l’éther
Cabrioles
En descente aux enfers
On se console
On fait machine arrière
Premiers rôles
Puis on mord la poussière

Peu de choses
Et pour tant de manières
Quelques roses
Voilent la poudrière
On compose
On éteint la lumière
Mais tout implose
Et retombe à l’envers

On murmure
Se censure au besoin
Phrases sûres
Et repassent les trains
On se rassure
Qui trop embrasse mal étreint
Triple armure
Qui trop embrasse mal étreint

Mais toi
Embrasse-moi

UN BEAU JOUR

C'est un beau jour pour mourir
Il faut bien que ça arrive
Approche sans coup férir
L'autre côté de la rive
Il faut bien que certains suivent
Pour d'autres suivants encore
Il faut bien apprendre à vivre
Pour enfin savoir la mort

C'est un beau jour pour mourir
Il faut bien que ça se passe
Et pour cesser de vieillir
Il faut bien que l'on trépasse
On a beau plaire à mentir
On s'élime et l'on se lasse
C'est le moment de partir
Il faut bien laisser la place

C'est un beau jour pour mourir
En cette date inconnue
Jusqu'ici dont l'avenir
Ne nous appartient plus
Et résonne maintenant
De toute son importance
Voisine du même rang
Que celle de ma naissance

C'est un beau jour pour mourir
Il faut bien que la mort vienne
Garde les bons souvenirs
Allons va n'aie point de peine
Car si je pars désormais
Je m'en vais serein c'est sûr
Heureux d'avoir traversé
Cette si belle aventure

QUINZE CENT MILLE

On avait quinze cent mille raisons

De filer tout droit dans le mur

D'ailleurs on a filé tout droit

Te souviens-tu ?

Cachés derrière nos petits doigts

Ou blottis sous les couvertures
Attendant la chose entendue

 

On avait quinze cent mille flacons

Alignés dans nos devantures

Des litres de baumes apaisants
À nos menus
Cloitrés dans nos palais d'argent

À en astiquer les dorures

Mais toujours un peu à la rue


Parcourant nos champs de coton
On avait plutôt fière allure
Tenant dans mes mains tes dix doigts
Peine perdue
Je croyais saisir ton émoi
Au travers de la dure armure
Mais l'entrée m'était défendue

Puis se succèdent les saisons
Le reste étant littérature
On s'est raconté des histoires
Si décousues
On a refermé les grimoires
Cassé la clef dans la serrure
Puis on a singé les statues


Alors on promène à tâtons
Nos ombres pleines de ratures
En tenant sur nos quant-à-soi
Comme un salut
À mettre au rencard les pourquoi
Les tartines de déconfitures
Cirer les planchers vermoulus

Heureusement les temps s'en vont
Avec eux les points se suturent
Un jour on remet son carquois
Et l'inconnu
Nous entraine au son de sa voix
Grand temps pour de meilleurs augures
Allez l'envie est revenue

Bonne chance à toi